Après une journée de solide soleil, une douce fraîcheur descend sa toile de fond sur le zócalo de Oaxaca, le grand théâtre populaire à ciel ouvert où chacun est acteur et spectateur. La grand-place est entourée d’arcades coloniales, premières loges pour les clients des cafés et restaurants. Les habitués prennent les tables en retrait de la rue, moins exposées à la procession des marchands ambulants, sérénadeurs et mendiants.
Pour une bouchée sur le pouce, il faut prendre un tabouret à l’une des cantines éclairées par une guirlande de loupiotes, dans une rue avoisinante. Au menu, la tortilla interprétée en tacos, enchiladas, tlayudas, gordidas, variations de la même partition pour maïs, fromage, frijoles, chilis, tomates et… sauce piquante. Pour le dessert, on se dirige vers une carriole qui propose des flans et crèmes brulées sous une cloche de verre.
Au zócalo, le petit commerce prospère. Une indienne haute comme trois pommes déambule, enfouie sous une pile de nappes multicolores. Une autre la suit, une grappe de sacs de chicharones accrochée à l’avant-bras. Les chicharones sont les cousins des oreilles de crisse québécoises, arrosés d’une rasade de salsa. Une troisième pousse un diable sur lequel elle a ficelé une glacière pleine de sodas fluos.
D’autres marchands attendent le client à l’affût près de leurs étalages garnis de colifichets, de ballons, de tubes à bulles de savon, de protège-téléphones, de sombreros. Assis sur les dalles du parvis de la cathédrale, des joueurs d’échecs préparent leurs coups sous l’œil de critiques toujours prêts à donner un bon conseil. Pour le visiteur, le zócalo est le lieu idéal pour s’imaginer qu’il est d’ici. Les gens, ouverts et détendus, ont tout le temps d’engager la conversation et de vanter les mérites de leur ville.
De temps à autre, de la rumeur bonne enfant, jaillit un cri strident qui laisse craindre que quelqu’un s’est coincé quelque chose dans une porte. Ce sont les vocalises enflammées d’un groupe de mariachis qui a resserré son cercle de guitares autour d’un couple qui espérait une escapade incognito.
Une fois par semaine, perchée sur le kiosque à musique central, l’harmonie municipale régale l’assistance de grands classiques viennois. Elle est parfois concurrencée par le joyeux tintamarre d’une calenda qui descend cahin-caha la pente d’une rue pavée.
Des monos — marionnettes géantes de papier mâché — se dandinent au-dessus de la foule au rythme d’une fanfare improbable où s’expriment librement trombones, trompettes, tubas et cymbales. La partie gracieuse est assurée par des jeunes filles en costume richement brodé qui, d’un mouvement ample du bras, font virevolter leur longue robe, tout en tenant un panier fleuri sur la tête.
Des bouteilles de mezcal invitent les badauds à se joindre à la fête.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly