Mercredi soir. C’est danzón au zócalo de Oaxaca, soirée dansante dans la douceur du printemps. Les rythmes sont cubains, car le danzón est cubain, né à Mantanzas, en 1880. Aux premières percussions, le bal se met à onduler. Les maillets égrènent des trémolos sur les claviers de bois des marimbas ; les mains sur la peau des congas invitent au déhanchement étudié.
En ligne devant la banda, les couples endimanchés se tiennent par la main, l’avant-bras souple, plié vers le haut, comme des courtisans avant un menuet colonial. Le caballero a le menton fier, la dama fait sa moue de grande dame. Une tradition bien vivante qui déploie l’éventail de la société mexicaine : du Blanc descendant de conquistador à l’Indien zapotèque cuivré. On repère aussi à leurs pas incertains, un couple de gringos sans ego au milieu des danseurs, loin des regards du public. Nous. Le danzón accueille à bras ouverts les jeunes de tous les âges venus sous les étoiles passer une bonne soirée.
On reconnaît toutefois les habitués. Ils ne manquent pas un seul mercredi et se déplacent dans d’autres villes et villages des environs. El señor bombe le torse dans une chemise guayabera. Son sombrero de paille, légèrement descendu sur le front, souligne son regard d’hidalgo. La señora évolue dans une robe colorée légère, longue pour donner de l’ampleur au mouvement. Les talons hauts de ses escarpins brillants se meuvent avec aisance sur les dalles en pierre du XVIe siècle.
Les rôles remontent à la nuit des temps. L’homme mène les pas, mais c’est pour mettre la grâce de sa partenaire en valeur.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly