Bella et Fiona. L’au revoir.
Ce récit est le dernier de la série Bella et Fiona. Voyage sur la Basse-Côte-Nord. Ne manquez pas le bateau, lisez les articles précédents.
Havre-Saint-Pierre, 25 septembre 2022.
Après la nuit ancré en position dynamique dans la petite baie en face du port, le Bella a accosté au petit matin, puis a largué les amarres à 8 h pour mettre le cap sur l’île d’Anticosti.
Pendant la nuit, l’ouragan Fiona a frappé de plein fouet la Basse-Côte-Nord, d’Harrington Harbour à Blanc-Sablon. Réfugié plus à l’Ouest, le Bella a gagné au jeu du chat et de la souris.
Le Hurricane Center de Miami, qui a suivi la trajectoire de Fiona, a émis son dernier avis. Ses radars vont délaisser l’ouragan, rétrogradé en vulgaire tempête qui va traverser la mer du Labrador pour mourir à l’ouest du Groenland.
Avec l’archipel de Mingan dans son sillage, le Bella glisse en douceur vers le sud-est dans l’immensité nordique. Le grand bleu. Bleu aquarelle à l’horizon, puis bleu arctique, électrique et bleu marin plus loin de la mer, au sommet de la voûte du ciel. La mer aussi a repris son bleu profond, ridé de vaguelettes. Hier encore, la rage en gris et noir pleuvait et ventait de partout.
Le ciel et la mer ont fait la paix. Tout n’était peut-être que le mauvais rêve d’un sommeil agité ? Sur la terre, le réveil est pénible. Il y a eu pots cassés. Les humains des Maritimes, mains sur les hanches, contemplent les arbres arrachés, les fils pendus, les toits tordus. La mer est plus résiliente que la terre. Vite fâchée, vite calmée. Bien sûr, près du littoral, elle charrie des troncs d’arbres arrachés par ses lames au plus haut des plages. Sinon, aucune trace de sa colère.
À bord du Bella, le passage reprend son allure de croisière. Sur le pont avant, on ressort caméras et jumelles à l’approche de Port-Menier, sur l’île d’Anticosti.
Je crois sincèrement que la Nature a tout organisé cela comme surprise pour mon vénérable anniversaire. La frayeur d’abord, juste ce qu’il faut, puis la scène parfaite : le chapelet de maisons multicolores sur le bord de mer ; quelques chevreuils qui broutent comme des Bambi.
Le soir, la salle à manger a retrouvé son air de villégiature. Nous sommes réunis à cette table que nous appelons dès le premier jour la nôtre. Au dessert, un gâteau apparaît, illuminé de quelques chandelles de décennies. Notre serveur Éric, fin guitariste à ses heures, et sa collègue me sérénadent avec une chanson ô combien thématique : « Hier encore, j’avais 20 ans… d’Aznavour. Puis en rappel, le grand classique de la chanson d’amour d’Elvis Presley. Ému, j’invite Monique à danser, collés comme dans notre jeunesse, seuls au monde sous le regard attendri de tous les convives. Et la chanson tourne autour de nous :
« Take my hand. Take my whole life too. For I can’t help falling in love with you. »
Déclaration d’amour et d’amitié à Monique, ma compagne, à Martin et Lorraine, nos complices de voyage. À la Basse-Côte-Nord qui restera toujours avec nous.
Texte : Michel Lopez
Photos : Michel Lopez, Martin Gauthier, Lorraine Boucher
Collaboration : Monique Joly
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Bella Desgagnés
Tourisme Basse-Côte-Nord