L’artiste visuel Paul Abraham s’ennuie de sa mer. Aucune marée ne monte jusqu’à son atelier perché sur la dernière colline du Québec qui ondule avant la frontière américaine. Cet hiver, il a capté les mots « paradis et liberté » dans un appel de la Foire en art actuel de Québec qui a eu lieu à l’Espace 400e, à Québec, en mars 2022. Paradis Liberté : c’était le thème de l’exposition collective.
Paul Abraham a laissé courir sa liberté sur la crête de toutes les vagues qui ont déferlé dans les paysages de sa vie. Il a créé Série Vagues, 20 études à la peinture vinylique et acrylique sur panneau de bois.
« J’ai décidé de produire une série d’études très libres sur la vague de nos mers et océans, en me concentrant sur sa forme, sa structure, son mouvement, sa couleur, sa lumière, sa matérialité. »
Des vagues, Paul en a vu. Enfant sur le bord de l’Adriatique, de la Méditerranée, de l’Atlantique, à l’île de Ré, puis sur la côte Sud britannique, sur la côte Est américaine, en Martinique, au Mexique, au bord du Pacifique. Elles ont baigné son regard de rêveur et bercé son esprit pendant des plages de temps infini. Elles ont aussi énergisé son corps dans ses jeux de body surf.
« J’ai toujours aimé affronter les vagues, même celles qui me faisaient peur. Tu t’approches, puis tu grimpes sur sa crête avant qu’elle se brise, juste à la seconde où elle va propulser sa puissance vers le rivage. Tu t’insères dans le courant. Tu suis son énergie. Tu deviens la vague. Si tu la prends trop tard, tu bascules dans le rouleau. Ça fait mal. Si tu la rates, il faut plonger à travers pour éviter le choc. »
Contempler la vague, surfer la vague. Mais comment la peindre ? Comment capter en pleine effervescence un éclat liquide de lumière ?
« Ce qui me fascine en dessinant les vagues, c’est comprendre leur mécanisme, le décomposer et le simplifier. Qu’est-ce qui se passe dans l’eau devant une vague qui s’écrase ? Quelle est la logique de son mouvement qui génère un déferlement de textures et de formes ?
« Tout d’abord, j’étudie la forme générale de la vague par des esquisses au crayon axées sur les lignes de force. Une fois la composition arrêtée, je la peins avec une peinture vinylique opaque. Les coups de pinceau définissent les volumes, les transparences, les couleurs, les ombres et les lumières. Sur cette préforme colorée, je reconstruis la vague avec des cernés noirs en suivant essentiellement mon instinct. Je me mets dans la vague et la redessine de mémoire, presqu’en un seul trait, sans m’arrêter. »
Les vagues de Paul Abraham ne sont pas paysages ; elles sont personnages. Plus grands, plus forts que nature, comme ses autres super héros. Paul a un solide langage pop art et une esthétique bédé qui décoiffe. Ses braves surgissent des chevauchées western, des épopées fantastiques et des raids kamikazes.
On ne pouvait s’attendre à ce que ses vagues soient de bucoliques marines.
Les vagues de Paul Abraham sont guerrières, puissantes, déchaînées comme des Quarantièmes rugissants. Des broncos cabrés dans l’écume. Des tsunamis qui cascadent en torrents. Elles arrachent les nuages au ciel pour s’en faire une crête. Elles se gonflent d’étincelles pour assaillir les falaises qu’elles vaincront avec le temps.
Les vagues sont puissantes. Les vagues sont fragiles. Paul s’inquiète pour sa mer. Dans sa Série Vagues, une ombre se profile à l’horizon.
« Nous sommes issus de l’océan, nous vivons grâce à lui. Pourtant, nous sommes en train de l’asphyxier, et nous avec lui. La vague, magnifique, est le symbole de la force de la nature, de sa vitalité. C’est notre bien le plus précieux. »
Pour en savoir plus :
https://foireartactuel.ca/artistes/paul-abraham/
https://www.instagram.com/paulabrahamart/?hl=fr
Œuvres et témoignage : Paul Abraham
Photo : Pascale Bourguignon
Texte : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly