Le Saint-Laurent est un ciel. Ses glaces sont ses nuages, changeantes au gré du vent, des marées et des courants.
Il faudrait passer l’hiver à contempler le Saint-Laurent pour comprendre le ballet de ses glaces. Le regard distrait qui parcourt le paysage ne voit qu’une morne steppe arctique, clairsemée d’espaces d’eau encore libre. S’il prend une île à l’horizon comme repère, le même regard perçoit l’immobilité se mouvoir en une lente dérive.
L’été, le mouvement d’horloge de l’eau est invisible. L’hiver, les glaces cristallisent le puissant balancier. À marée descendante, elles glissent de l’amont comme une rivière dans le fleuve. À marée montante, elles entament leur vaillante ascension à vitesse géologique. À l’étale, lorsque le balancier arrive en bout de course, tout se suspend.
Parfois, un flot de glaces montant en croise un descendant : le fleuve est sillonné de courants qui façonnent d’immenses méandres sur ses plaines d’eau. Les jours de vent du sud entraînent la banquise au loin. Les jours de vent du nord la ramènent à la rive.
Le temps change. Les hivers plus doux effacent le rempart de glace du paysage, et laissent le littoral exposé à la rage des vagues du large.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly