Le phare de la pointe des Monts dresse sa silhouette dans le clair-obscur de ce matin frais de mi-octobre. La mer, le vent, la forêt, le rivage retiennent leur immobilité. Figé vers le large, un canon de brume fait la sentinelle.
Campé sur un rocher, je respire à peine pour ne pas faire de buée. J’attends, emmitouflé dans mes lainages d’automne. J’ai traversé à marée basse le petit bras de mer qui isole le phare sur son îlot. Le pont d’accès est clôturé. La tour et la maison du gardien sont fermées. Les fenêtres des chalets du littoral sont placardées. À la veille de l’Action de Grâce, la pointe des Monts va entrer en hibernation.
Un jet de lumière jaillit de la lanterne. Dans ce temps suspendu, on croit au moindre signe venu du ciel. Illusion, elle s’est éteinte le 4 décembre 1964.
Derrière les monts de Gaspésie, le ciel se réchauffe d’ocre et d’orangé. J’attends, sans cligner des yeux. Le soleil prend tout son temps. Il apparaît enfin dans une bulle de lumière soufflée à l’horizon. Sans cuivres ni percussions. Sans Ainsi parlait Zarathoustra symphonique, l’espace n’est pas Odyssée 2001, mais silence immense. Je me retiens d’élever mes bras vers le ciel. Je suis seul, sans voix, debout, tout petit, devant l’aube du monde.
Engourdi, je fais quelques pas prudents pour revenir dans l’instant.
Lentement, la nuit se retire comme une marée. La tour émerge de l’ombre dans une douce clarté orangée. Aveugle depuis longtemps, le phare est resté capteur de lumière.
Matin de chance, je saisis son éclat dans un miroir de rocher.
Puis, la matinée prend sa lumière de croisière à l’heure où les autres vont se lever. Au fil du jour, elle sera simple ambiance dans le théâtre du quotidien.
Toujours à l’affût, je capterai d’autres beaux moments : les ourlets de diamants sur la crête des vagues poussées par le vent ; les gerbes d’étincelles lorsqu’elles éclaboussent les rochers ; le voile irradiant des nuages effilochés ; un cargo qui transporte une dernière touche de lumière sur l’horizon.
À la marée descendante, le ciel laissera des flaques de bleu parmi les rochers. Le soleil à la cime des arbres saluera de son dernier rayon le phare qui autrefois prenait le relais.
Le phare de la pointe des Monts
Le phare de la pointe des monts est situé sur la Côte-Nord du Saint-Laurent à 768 kilomètres de Montréal. Latitude : 49° 19’32,1″N. Longitude : 67° 22’0,1″W. Érigé sur un îlot à deux kilomètres à l’est de la pointe des Monts, c’est le phare le plus ancien du fleuve après celui de l’île Verte (1809). Il permettait aux navires qui remontaient l’estuaire d’éviter le courant sud-ouest ainsi que les bancs de sable de la péninsule de Manicouagan, et à ceux qui descendaient vers le golfe de contourner l’île d’Anticosti. Le phare a allumé sa lanterne le 20 septembre 1830. Il l’a éteinte en 1964, remplacée par un feu automatisé dressé sur la véritable pointe des Monts.
Classé monument historique en 1965, le phare est maintenant géré par la Corporation de promotion et de développement du site du phare historique de Pointe-des-Monts. La tour accueille une exposition historique. L’ancienne maison du gardien a été aménagée en auberge.
Pour en savoir plus :
https://www.pharedepointedesmonts.com/
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly