Le vent hurle blanc sur les hauts du chemin Pinacle qui serpente entre Dunham et Sutton, à quelques kilomètres de la frontière du Vermont.
Les rafales rauques montent de la vallée, aiguisent leurs aigus au sommet du col et s’engouffrent sur l’autre versant. La neige descend du ciel et remonte du sol. Les bourrasques giflent l’air, rampent au ras des prés, façonnent les talus en crêtes de dunes, déferlent en cascades le long des bas-côtés du chemin qui se comble peu à peu.
Les embruns glacés ont des airs d’écume arrachée aux vagues par une tempête du large. Le vent d’hiver a la hargne. Il n’a ni le ton chantant ni le bruissement fluide du vent d’été. Privé des accents chuintants des feuilles, le vent d’hiver crache dur sur les troncs dénudés. Son souffle long et sourd a le mugissement d’orgues souterraines.
Bientôt, le chasse-neige, gyrophares allumés, passera à tombeau ouvert, dans une nuée de poudreuse, dans un tonnerre d’acier. Les gars ont vu neiger.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly