Dimanche de la mi-juin. Après un hiver d’hibernation et un printemps de confinement, les Montréalais redécouvrent dans les parcs les joies toutes simples de la vie d’avant : air frais, soleil et crème glacée. L’atmosphère est bon enfant sur les rives du canal de Lachine qui a retrouvé sa marée des beaux jours.
La carcasse de la Canada Malting tatouée de graffitis dresse une toile de fond Street Art à la scène champêtre urbaine. Un groupe de jazz en shorts fait revivre les standards d’Oscar Peterson et d’Oliver Jones, gamins du quartier voisin de la Petite-Bourgogne. Le solo de trombone étire ses notes, tranquille.
Là-haut, sur la crête des silos, une pimpante cahute s’agrippe à la falaise de briques. Œuvre anonyme d’un artiste téméraire, elle a fleuri sur les décombres. À ses fenêtres aux volets verts sont accrochées des jardinières de géraniums en plastique. Elle est rose. Rose bonbon, rose cucu, comme l’espoir de jours meilleurs, comme le bonheur perdu.
Au pied des silos, un camion de crème glacée lui fait écho. Rose, lui aussi. Le rose Bubblegum de l’Amérique heureuse et lointaine de Donald… Duck. Sur la paroi d’un conteneur, un cornet tire-bouchonne sa crème molle à 5 cents, saupoudrée de pépites fluo.
Les prix ont bien changé, mais les saveurs à la craie au tableau du Riverside n’ont pas pris une ride : choco menthe, pistache, vanille, cerise… Extra de 50 cents pour une pincée de Froot Loops faits maison.
Pour Monique, ce sera cerise, une boule dans le cornet sucré que lui tend une main gantée.
Distraite par une bouffée d’enfance, elle a oublié de porter son masque.
Elle a pu accompagner son merci d’un grand sourire. Comme avant.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly