Le ciel de juillet est saturé d’orages, mais la vague glaciale qui déferle des latitudes nordiques donne des airs de novembre aux pontons déserts de la marina de Rimouski.
Certains plaisanciers irréductibles sont là pourtant, blottis dans leur bateau comme de frileux hobbits. Parfois, l’un d’entre eux pointe furtivement la tête par le rouf, promène un regard découragé sur la grisaille et disparaît dans son terrier. Quelques promeneurs téméraires arc-boutés progressent péniblement sur les quais. Au large, le fleuve hérissé d’embruns roule avec rage ses eaux de marée contre le courant.
La voix monocorde du bulletin de météo confirme un avis de vent fort sur toutes les régions du Saint-Laurent : « De Pointe-à-Michel à Pointe-des-Monts, vent du nord-est de 25 nœuds avec rafales à 35. Visibilité réduite sous les averses. » Retranchés dans la cabine avant, nous laissons s’égrener le temps en espérant qu’il s’améliore.
Un instant d’accalmie fait un trou de silence dans le long hurlement. Puis, le grondement reprend, lourd et sourd, comme monté de la terre. Il va revenir. Pour l’instant, il rôde au ras de l’horizon. Il revient à la charge. Son souffle s’enfle, se gave de rage et déferle vers nous en une longue plainte rauque. Tout le paysage plie l’échine sous l’assaut. Les bateaux de la marina tanguent, roulent, tirent sur leurs amarres comme des chevaux craintifs. Les girouettes s’affolent, les drisses claquent contre les mâts, les coques écrasent les défenses contre les quais, les pavillons s’effilochent sous les barres de flèche. Dans ce concert hargneux, les octaves graves du souffle de fond soutiennent les vibrations stridentes des haubans et les cris d’orgue des bômes.
Heureusement, nous sommes bien protégés, à marée basse, derrière le rempart de la jetée. Bientôt, l’horloge inversera son mouvement. Nous entamerons notre inexorable remontée vers la zone de turbulence, hissés contre notre gré par l’ascenseur liquide.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly