Début avril 2020.
Le printemps malade est figé dans la grisaille
d’une infinie tristesse.
Des scènes de dépression, autrefois en noir et blanc, reprennent les écrans : rues désertes,
files devant les magasins, étagères décimées,
avis de fermeture sur les vitrines éteintes.
Il plane une sensation de menace invisible.
L’insouciance a été aspirée.
Dans le vide de la COVID, la place du marché Atwater
garde ses distances. Garde le silence.
Un magasin de meubles inspirés et vertueux
s’est barricadé aux premiers toussotements.
La marque vient de New York.
Là-bas, les pilleurs sont armés.
Un voisin reclus fait son cardio-vélo sur son balcon.
Les roues sur des rouleaux, la tête dans le guidon,
il fonce vers nulle part.
La petite voisine joue seule.
Son ballon ne rebondit plus.
Le canal est toujours confiné
dans sa marée basse d’hiver.
Une file d’attente soviétique s’étire
aux portes d’un hypermarché.
Le temps s’égrène quelques personnes à la fois.
Il est maintenant dangereux de jouer aux pirates,
de faire les acrobates, de chanter sur une balançoire,
bercé par un élan de sa maman.
Sur la rive nord du canal,
un joggeur profite d’un matin désert
pour pomper un air sain que n’ont pas expiré des intrus.
Texte et photos : Michel Lopez
Collaboration : Monique Joly