Moins 15 degrés. Marc enfourche son fat bike, son nouveau dada. Plein air à fond, il respire à pleins poumons tout l’espace mer et forêt de sa Gaspésie natale.
Le fat bike, « fat » pour les intimes, est le cousin joufflu du vélo de montagne. Ses pneus surdimensionnés, robustement sculptés, se cramponnent à la neige et à la glace. Par une variation de leur pression, on adapte la traction et l’assise à la fermeté du sol. Il est propulsé par de vaillants mollets déjà bien durcis par le vélocross d’été.
Sur son fat bike, Marc s’éclate sur toute surface hors route. En forêt, il sillonne les sentiers bien damés par les motoneiges des bûcherons et slalome dans les sous-bois lorsque la croûte glacée peut supporter le poids. Ni neige molle ni poudreuse au risque de s’enliser. En promenade champêtre avec sa compagne Lucie, Marc met le pied à terre un peu plus souvent. Il devient poète en extase devant les conifères givrés qui scintillent sous le soleil nordique. Il pointe du doigt la trace d’un lièvre, d’un lynx et parfois même d’un orignal.
Marc, pour être en symbiose avec la nature, il y a la raquette, non? Il flaire le piège de trappeur. « La raquette, c’est bien, mais c’est lent, un pas à la fois. On n’a pas que ça à faire ! » Et le ski de fond, avec sa glisse silencieuse dans l’immensité boréale? « Le ski de fond, c’est bien aussi, mais tu es coincé sur ta piste, prisonnier de tes rails. » Morale de l’histoire : oui à la contemplation nordique, mais en version liberté pimentée d’une bonne poignée de kilomètres-heure.
Les jours de cardio, Marc sort le turbo. Il file brûler des calories sur une piste cyclable sommairement déneigée, le long du bord de mer. Il appuie sur les pédales, car le fat bike n’est pas un vif mustang, mais un gros percheron. Le paysage est grandiose sur 20 kilomètres, mais il garde la tête casquée dans le guidon pour fendre le vent, garde les yeux braqués sur la roue pour éviter les ornières. Ses poumons pompent un air à peine réchauffé par un foulard sur la bouche. Il vit dans la seconde présente, dans sa bulle saturée d’énergie.
Les jours d’adrénaline gamine, Marc fonce vers son terrain de jeu : la plage d’Haldimand, au bord de la baie de Gaspé. Un parcours du combattant pour héros de galaxie glacée. La banquise est chaotique, sans cesse remodelée par les tempêtes. Des blocs de glace sculptés par les marées hérissent le rivage. Des dunes façonnées par le blizzard ondulent immobiles, figées par le verglas. Des sentiers serpentent, damés par des queues leu-leu de promeneurs du dimanche.
Il escalade, saute, descend à pic, tente l’équilibre, dérape, se casse la gueule dans un éclat de rire, filmé par le téléphone d’un copain.
Texte : Michel Lopez
Photos : Lucie Rolland
Collaboration : Monique Joly